Le diagnostic du syndrome d’Asperger


L. Wing (1998), dans l’avant-propos du livre de T. Attwood « Le syndrome d’Asperger », note : « Les personnes qui sont atteintes du syndrome d’Asperger perçoivent le monde autrement que nous. Nous leur semblons étranges. Pourquoi ne disons-nous pas ce que nous pensons et disons-nous tant de choses que nous ne pensons pas? Pourquoi faisons-nous si souvent des remarques futiles qui ne veulent rien dire? Et toutes ces hiérarchies sociales: pourquoi ne traitons–nous pas les gens tous de la même façon? Pourquoi avons–nous des relations sentimentales si complexes? Comment décoder tous ces signaux envoyés et reçus au moindre contact avec autrui? Et surtout, pourquoi sommes-nous si peu logiques?

(…) La façon dont ils voient le monde a un sens pour eux et peut être fascinante par certains aspects, mais elle les met en conflit avec la manière conventionnelle de penser, de ressentir ou de se comporter. Ils ne peuvent, ni ne veulent changer.

(...) Cependant, ils ont besoin d’aide pour s’adapter au monde tel qu’il est, pour que s’épanouissent leurs capacités et pour qu’ils réussissent dans ce qui les attire sans entrer en conflit avec les autres ».

 

    Lorna Wing a été la première à utiliser le terme de Syndrome d’Asperger dans une étude publiée en 1981. Elle a décrit un groupe d’enfants et d’adultes qui présentaient des caractéristiques très proches de celles du profil de compétences et de comportement initialement décrit par le pédiatre Hans Asperger. En 1944, Hans Asperger a décrit 4 garçons dont les compétences sociales, linguistiques et cognitives étaient tout à fait inhabituelles. Il a utilisé le terme de « psychopathie autiste » pour décrire ce qu’il considérait être une forme de trouble de la personnalité. La description d’Hans Asperger a été largement ignorée en Europe et aux Etats-Unis pendant trente ans.

    Léo Kanner, comme Asperger, a décrit des enfants présentant une interaction sociale médiocre, un défaut de communication et le développement d’intérêts particuliers. Toutefois, Léo Kanner a décrit des enfants atteints d’une forme d’autisme plus sévère que ceux d’Hans Asperger qui présentaient davantage de capacités.

    Le diagnostic du syndrome d’Asperger est le plus souvent posé lorsque les enfants atteignent l’âge scolaire. Ceci est probablement dû au fait que les enfants atteints du syndrome d’Asperger présentent habituellement des attitudes verbales moyennes ou supérieures à la moyenne ainsi qu’un développement social assez normal dans les premières années de vie. Cela explique qu’on ne songe donc pas à les diriger vers des services d’évaluation.

    Il est beaucoup question dans les travaux de recherche des différences cliniques qui peuvent exister, le cas échéant, entre les personnes aux aptitudes cognitives élevées qui sont atteintes du syndrome d’Asperger et celles qui sont atteintes d’autisme. Le chevauchement des critères diagnostiques dans les domaines des interactions sociales et du comportement reflète les principales similitudes entre ces deux troubles. Les principales différences semblent se situer dans le domaine du développement des habilités cognitives, motrices et langagières. Les recherches courantes tendent à confirmer que l’autisme et le syndrome d’Asperger sont des troubles distincts (pouvant être distingués l’un de l’autre) bien que clairement reliés.

    Les chercheurs cliniciens se sont beaucoup moins intéressés au dépistage du syndrome d’Asperger qu’à celui de l’autisme et il existe un consensus beaucoup moins large au sujet des procédures d’évaluation de ce handicap. La plupart des chercheurs est d’accord pour dire que, pour déterminer si une personne est atteinte d’autisme, par opposition au syndrome d’Asperger, il est nécessaire d’évaluer ses aptitudes cognitives, motrices et de communication ainsi que de faire des recherches approfondies sur ses antécédents, son niveau de fonctionnement ainsi que ses symptômes observables.

 

            Le diagnostic de syndrome d’Asperger implique l’existence d’un déficit social et communicatif (Klin et Volkmar, 2003). Les individus atteints du syndrome d’Asperger ont des habiletés limitées pour apprendre et appliquer socialement des informations académiques, sociales et de vie en communauté (Winner 2002). Plus spécifiquement, ces difficultés sur le monde social incluent : des difficultés à comprendre les expressions faciales des autres et à régler leur comportement non verbal au sein d’interactions sociales (Koning et Magill-Evans 2003). Les individus atteints du syndrome d’Asperger ont des capacités pour décrire correctement les émotions, les intentions ou les conventions sociales d’autres, mais ils sont souvent incapables de se servir de ces connaissances  « d’une façon spontanée » et on constate un « manque de tempo » lors d’interactions (Klin et Volkmar 2000).

 

    Les enfants et les adolescents atteints du syndrome d’Asperger (et ceux qui sont atteints d’autisme de haut niveau) manifestent un taux plus élevé de problèmes liés à l’anxiété et à la dépression que la population générale (Baumigner 2000).